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[PORTRAIT] Maggie Estep

Elle a grandi entre des chevaux et des frontières. Margaret Ann Estep naît le 20 mars 1963 à Summit, dans le New Jersey, fille de parents entraîneurs de chevaux qui la trimballent entre les États Unis, le Canada et la France. Elle quitte le lycée à 17 ans, s’installe à New York en 1980. Danseuse go go, scène punk, un problème d’héroïne qui suit. C’est en cure de désintoxication, au milieu des années 80, qu’elle commence à écrire.

En 1986, elle suit un cours à la Jack Kerouac School of Disembodied Poetics, l’annexe littéraire fondée par Allen Ginsberg à l’institut Naropa de Boulder, dans le Colorado, où enseigne notamment William S. Burroughs. Elle en ressort deux ans plus tard avec un diplôme de littérature obtenu à la State University of New York. Puis elle monte sur scène au Nuyorican Poets Cafe, cœur du slam new yorkais, où elle enchaîne les victoires en tournoi.

En 1993, MTV vient recruter au Nuyorican pour un spécial spoken word. Estep y passe, et la chaîne ne la lâche plus pendant des années. Lollapalooza en 1994, sur la troisième scène. Woodstock la même année. Def Poetry Jam sur HBO. Le clip de Hey Baby tourne en rotation modérée sur MTV, suffisamment pour être moqué par Beavis and Butt Head, ce qui, à l’époque, vaut presque une consécration. Le New York Times la surnomme The Spoken Word Star en 1994. Deux albums suivent: No More Mr. Nice Girl (Nuyo Records, 1994) et Love is a Dog From Hell (Mercury Records, 1997), titre emprunté à Bukowski, ce qui donne à peu près le ton.

Estep n’a jamais écrit pour rassurer personne. Ses textes de scène, agressifs et directs, tranchent volontairement avec la poésie académique de l’époque, et son personnage de emotional idiot, titre qu’elle reprend pour son premier roman en 1997 (Harmony Books), devient une sorte de porte étendard ironique pour toute une génération de femmes qui refusent le rôle de la partenaire raisonnable.

Après le pic MTV, elle bascule vers le roman noir. Hex (2003) inaugure une trilogie centrée sur Ruby Murphy, ex alcoolique en réinsertion qui traîne à l’hippodrome de Belmont et à Coney Island, un choix de décor qui doit beaucoup à son enfance passée dans les écuries. Le livre est distingué Notable Book par le New York Times la même année. Suivent Gargantuan (2004) et Flamethrower (2006), toujours chez Three Rivers Press, puis Alice Fantastic (Akashic Books, 2009), roman choral autour de trois femmes excentriques, dix sept chiens et les courses de chevaux. Au moment de sa mort, elle travaille depuis plusieurs années sur The Angelmakers, resté inachevé, un roman sur des gangsters féminins du dix neuvième siècle et la naissance du mouvement pour les droits des animaux.

Elle meurt le 12 février 2014, à 50 ans, d’une crise cardiaque survenue deux jours plus tôt à son domicile près d’Albany, dans l’État de New York, à quelques encablures des pistes qui ont traversé toute son œuvre. La poète punk a fini romancière de polars hippiques, ce qui n’est pas une trahison, plutôt la même fille, au même endroit qu’elle n’a jamais vraiment quitté.