the bad girls book club

[PORTRAIT] Dahlia de la Cerda


Une bourse d’écriture, dit-elle, c’est avant tout du temps qu’on rachète. Dahlia de la Cerda en demande, encore et encore, avant d’en décrocher une en 2015, après être passée par un centre d’appels, une usine de bonbons, un marché de rue, la vente Avon, et le travail de nègre littéraire pour d’autres. Née en 1985 à Aguascalientes, au Mexique, elle met dix ans à transformer ces petits boulots en matière première.

Premier livre, Perras de reserva, 2019, chez Tierra Adentro. Prix national du jeune conte la même année. Dix nouvelles au départ. Treize dans la version augmentée que sort Sexto Piso en 2022. Toutes à la première personne, toutes portées par des femmes qu’on n’écoute jamais jusqu’au bout : sicaires, travailleuses du sexe, étudiantes, influenceuses, ménagères, dévotes. Une avorte toute seule chez elle, au misoprostol. Une autre invoque carrément le diable pour un différend de voisinage. Une héritière de cartel trahit les siens, juste pour se venger. L’humour noir tient tout ça debout, le parler de rue aussi, rien n’est jamais lissé.

Traduit en anglais, Reservoir Bitches. Longlist du Booker International en 2025. Première autrice mexicaine dessus depuis Valeria Luiselli. La critique se déchire pour de bon. Certains crient au génie politique et esthétique, d’autres, dans une veine plus conservatrice, l’accusent d’un “machisme inversé”. Comme si la violence devait se juger différemment selon qui tient le stylo.

À côté de ça, elle cofonde et codirige Morras Help Morras, collectif féministe. Deux podcasts en plus, Escribe como morra et Morras vs fundamentalismos, parce qu’un seul format n’a jamais suffi pour elle. Deuxième livre, Desde los zulos, 2023. Version française de Perras de reserva, Chiennes de garde, sortie au Sous-Sol en 2024.

Elle n’écrit ni pour la critique, ni pour ses pairs. Elle écrit pour être lue par des femmes ordinaires, d’abord. Le reste, les prix, les polémiques, ça suit ou ça suit pas. Elle s’en fout royalement.